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Monuments Saint-Michel de Cuixà


 

 Repères historiques


L’abbaye de Cuxa tire son origine de l’abbaye de Saint-André d’Eixalada fondée vers 840. A l’automne 878, une crue terrible détruisit le monastère (situé tout près du lit de la rivière, à l’emplacement de sources chaudes déjà connues dans l’Antiquité), et contraignit les moines à se réfugier ailleurs. La communauté se transféra à Cuxa, où se trouvait une église dédiée à saint Germain, propriété du prêtre Protais (Protasius) qui s’était, avec quelques compagnons, agrégé à la communauté peu d’années auparavant. Protais devint l’abbé du nouveau monastère en 879. A son nouvel emplacement, l’abbaye continua de bénéficier de la protection des comtes de Cerdagne-Conflent, maintenant issus de la famille de Guifred le Velu (Wifredus), comte de Barcelone en 870, famille qui va consolider son emprise sur l’ancienne marca hispanica (marche d’Espagne de l’empire carolingien) et deviendra plus tard, en 1137, la maison royale de Catalogne-Aragon.

Dans les années 940, une nouvelle église dédiée à saint Michel est construite à l’initiative du comte Seniofred. En 950, le comte et l’abbé obtiennent du pape le privilège d’exemption, qui soustrait le monastère à l’autorité de l’évêque, le même privilège que Cluny avait obtenu deux ans auparavant. A partir de 956, on rebâtit donc l’édifice plus somptueusement, sur le plan d’une grande basilique, dont l’autel majeur est consacré le 30 septembre 974, sous l’abbatiat de Garin (Warinus), moine venu de Cluny vers 965 et placé à la tête de cinq abbayes méridionales. C’est cette basilique aux arcs outrepassés, couverte en charpente, qui survit jusqu’à nos jours, une des plus grandes grandes et significatives églises pré-romanes d’Europe.



Ga
rin, impliqué dans la grande politique de l’époque, provoquera la retraite à Cuxa du Doge de Venise Pietro Orseolo, qui abdique en 978, et mourra à l’abbaye en odeur de sainteté en 987.

 

En 1008, c’est le petit-fils du comte Seniofred, Oliba, qui est élu la même année abbé de Ripoll et de Cuxa. Il sera aussi évêque de Vic en 1017. Il va profondément transformer l’abbaye en construisant au-devant de l’église Saint-Michel les deux sanctuaires superposés de la Crêche (Pessebre) et de la Trinité, qui communiquent avec Saint-Michel par des galeries. Il augmente aussi le sanctuaire de trois absides, voûte les bas-côtés de la nef, construit les clochers, élève un baldaquin ouvragé au-dessus de l’autel de Garin. C’est un homme de grand prestige, qui s’est rendu au moins deux fois à Rome, et qui a proclamé la Trêve de Dieu dans le diocèse d’Elne en 1027. Il meurt à Cuxa en 1046.
Au début du 12ème siècle, on reconstruit le cloître en lui donnant la forme d’une colonnade de marbre, avec des chapiteaux sculptés. On édifie aussi une tribune en marbre dans l’église. Ces travaux sont l’œuvre de l’abbé Grégoire, qui est élu archevêque de Tarragone en 1136.
Les périodes suivantes du Moyen Âge sont moins fastes pour Cuxa. Les bâtiments du l’abbaye ne sont pas renouvelés. La richesse du monastère est cependant évidente, avec un domaine foncier très important, et une juridiction « quasi-épiscopale » sur une quinzaine de paroisses réparties entre les diocèses d’Elne et d’Urgell.

A partir du 16ème siècle, les moines ne vivent pour ainsi dire plus la vie commune. Les revenus de l’abbaye sont partagés en autant d’« offices » que de moines (l’Infirmier, le Céllerier, le Grand Sacristain, etc) et chacun d’eux a son habitation particulière dans l’abbaye. L’église est transformée par la réalisation de chapelles latérales au détriment des bâs-côtés de la nef, qui reçoit une voûte catalane en briques. On démolit la tribune monastique du 12ème siècle, dont de nombreux fragments sont alors réutilisés : porte principale de l’abbaye, nouveau logis abbatial. Le logis du Grand Sacristain est édifié à l’emplacement de l’église de la Trinité, qui avait déjà dû subir de gros dégâts (ou même s’effondrer) au 15ème siècle, selon quelques indices archéologiques.
Cette vie monastique réduite se poursuit jusqu’à la Révolution. L’abbaye est alors supprimée et ses bâtiments vendus.


 


 

 

Cuxa aux 19e et 20e siècles

 



A Cuxa, comme en Roussillon et partout en France, les décisions révolutionnaires de l’Assemblée nationale eurent pour effet de supprimer l’antique abbaye en tant qu’institution religieuse. On peut rappeler la chronologie : c’est le 2 novembre 1789 que la Constituante « nationalise » les biens du clergé, destinés à sauver la France de la faillite financière, et le 13 février 1790 que les ordres monastiques sont supprimés. La mise en œuvre des mesures prises n’est que progressive, l’inventaire des objets de valeur ordonné par la loi a lieu à Cuxa le 29 avril 1790. L’abbaye ne compte plus alors que huit moines, et ce jour-là trois d’entre eux la quittent volontairement; l’abbé, Joseph de Réart, reste, mais mourra en novembre. L’argenterie est livrée à la Monnaie de Perpignan dès le 31 janvier 1791, mais ce n’est que le 5 février 1792 que les meubles de l’abbaye sont vendus (à la réserve des objets du culte qui sont attribués à des paroisses du voisinage). En janvier et février 1791, d’autres moines, les derniers, ont volontairement quitté l’abbaye. Puis les bâtiments et les terres ont été adjugés le 28 mai 1791, pour 19 287 livres, à un négociant de Prades, Antoine Laverrou, dont le neveu puis le petit-neveu conserveront la propriété jusqu’en 1862. Les acquéreurs portent évidemment plus d’intérêt aux terres, cultures ou forêts, qu’aux bâtiments conventuels, dont ils n’ont pas vraiment l’usage. Deux parties de l’abbaye sont habitées, au moins de façon discontinue, par les nouveaux propriétaires. Il s’agit d’une part du logis de l’abbé, au nord, et d’autre part du logis du sacristain majeur, situé à l’ouest de l’abbatiale, en partie à l’emplacement des églises de l’abbé Oliba élevées au 11ème siècle. Les autres bâtiments retiennent peu l’attention, et, surtout, ne sont plus entretenus. Assez vite, l’église se ruine : la couverture disparaît, et, l’un après l’autre, les arcs diaphragmes portant la charpente tombent: en 1825, la chute de l’un deux défonce le caveau où étaient ensevelis les abbés, ce qui motive le transfert des restes de ceux-ci au cimetière de Codalet. En 1839, le clocher nord s’effondre, écrasant les bâtiments voisins et une partie du cloître.
Dès le début du siècle, le cloître subit des atteintes et des colonnes, bases et chapiteaux sont démontés et revendus avec profit pour d’autres usages (rappelons d’ailleurs que le pavage en marbre de l’église, et le maître-autel, ont été acquis de bonne heure par la paroisse de Vinçà). La fontaine publique de Codalet s’orne d’une arcade complète prise au cloître, avant 1833. Dans les années 1833-1837, se crée à Prades un établissement de bains : son propriétaire acquiert pour le décorer 12 (ou même 14) colonnes et chapiteaux, qui y resteront, comme on le verra plus loin, jusqu’en 1913. Quelques chapiteaux partent pour la collection de Pierre-Yon Vernière, le juge de paix d’Aniane (Hérault), amateur de sculpture qui a aussi recueilli les fragments du cloître de Saint-Guilhem-le-Désert. Et, si l’on suit les quelques représentations iconographiques du cloître que l’on possède, on peut voir que dès 1824, d’après le chevalier de Basterot, les galeries nord et est du cloître sont déjà en partie spoliées. Cet état d’abandon, et, pourrait-on dire de « disponibilité » du cloître motive le projet de la Commission archéologique de Narbonne pour l’acquérir, en 1841 : il reste alors trente-sept colonnes debout. Mais celui-ci n’aboutit pas, les prétentions du propriétaire (1500 f. pour le tout) étant trop élevées. Il est difficile de documenter plus précisément le « démontage » progressif que subit le monument : sur les lithographies du milieu du siècle, qui montrent encore le cône d’éboulis du clocher effondré qui a envahi l’aire du cloître, on ne voit debout que l’angle sud-ouest, avec environ neuf arcades, c’est la situation qui prévaudra jusqu’au début du 20e siècle. En 1862, l’abbaye est classée Monument historique. A une époque non précisée, la fontaine du cloître, vaste cuve monolithe en marbre, a été vendue. L’abbé Font la signale près de Perpignan, dans un jardin privé, vers 1880 (elle se trouve aujourd’hui à Eze-sur-Mer, sur la Côte d’Azur). Vers 1880 encore, le nouveau propriétaire, un maître de forges, Rémy Jacomy, après avoir reconstruit la chapelle votive de saint Pierre Orseolo, fait aussi restaurer la chapelle d’axe du chevet de l’église, et recouvrir de tuiles les voûtes sur croisées d’ogives du chœur de l’église, qui ne sont pas tombées : c’est le début d’une timide renaissance.
Jacomy ayant fait de mauvaises affaires, ses biens sont vendus et Cuxa passe en 1883 aux mains de Jacob Holtzer, autre maitre de forges auquel il était auparavant associé, qui possède les hauts-fourneaux voisins de Rià. L’attitude du nouveau propriétaire, d’origine protestante, sera toute différente vis-à-vis de l’abbaye.

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